• Lorsque j'appuie sur play, c'est que j'ai besoin de m'échapper très loin et très vite, avant de céder à l'envie de lâchement me balancer par une fenêtre.

    Ce long riff lancinant est un peu comme un couteau au creux de ma chair, maintenu par une main experte, agile et vibrante. Mon cœur cogne au rythme de la double pédale, longue arythmie, j'angoisse comme si la dernière seconde allait être létale, fracassant brutalement ma pompe cardiaque contre un mur de silence.
    Les cris du publics résonnent comme si l'univers entier entrait en communion avec mes tympans, ma vie galope à toute vitesse sous mes yeux, enfin non ce n'est pas ma vie, ce sont des fragments d'existences inconnues, je suis tombée dans un film dont la bande serait sortie des rails et aurait ensuite chu dans un sac de milliers d'autres bobines.
    Lorsqu'enfin le chanteur délite sa litanie, je défaille et mon cerveau devient caisse de résonance, chaque onde se répercutant à l'infini, détruisant neurone après neurone ma volonté d'exister, désinhibant des pulsions cachées. Mon corps est suspendu entre deux atmosphères, ployant sous cette implosion générale, mon âme emprisonnée dans ce caveau chante en cœur avec un singer charismatique et sexy. J'assiste impuissante à cet abattement général, ma volonté se dénature, j'aimerai me disloquer dans ce dernier accord, écho parti à la conquête de l'espace.

    3:58 d'orgie cérébrale, de rêve éveillé, d’éden secret, de dédoublement de personnalité... La 59ème seconde est un abîme de silence, à l'instant où j'atteignais les étoiles, tractée par une chaine dure et tendue je redescends de 1000 atmosphères à la vitesse de la lumière. Un sol hostile et rocailleux m'attend les bras tendus, comme un passé enfoui depuis des années qui revient soudain vous attraper la gorge, un rictus dégueulasse de satisfaction flottant sur les lèvres.
    C'est à cet instant que la dislocation arrive, lorsque telle une comète de cristal vous embrassez la terre, baiser fougueux aux relents de soufre. Terrible moment où chaque os se brise en milliers de morceaux, les entrailles éclatées en une vaste flaque gerbante de merde et de sang, éclaboussant l'herbe grasse et pesticidée. Le ciel est gris au dessus d'un être désintégré qui aimerait pleurer sans pouvoir le faire, étendu dans la réalité, gangue bitumée d'inhumanité.


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  • Quand je te regarde, j'ai le cœur qui palpite, papillon de brume.
    J'exulte et fracasse ma tête dans les airs, tu me rends aphrodite et spiritueux, gourmandise colorée.

    Je descends la pente à vitesse croissante, poudreuse divine.
    Tu refais le papier-peint de mon hypophyse.
    A grand coups de marteau, tu lèves mes inhibitions, je te chanterai l'amour pour toujours.

    Les tâches d'encre s'évaporent, viennent les chenilles sur le grillage.

    Ma vie est un long paysage peuplé de contrées sauvages, tu rends le temps plus long et le bonheur plus fleuri.
    Deviens mienne, deviens mon apoplexie.


    [Il date d'y a looontemps ce texte, je ne sais même plus ce qui me l'a inspiré...]


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  • Elle patientait devant ce grand bâtiment vert d'eau, étrange contraste entre cette silhouette élancée toute de blanc vêtue et ce gigantesque cube couleur lagon divin. Elle m'aperçut alors que le vent faisait virevolter ma jupe en tout sens, après quelques banalités nous marchâmes avec appréhension vers la morne bâtisse adjacente.

    Encore déprimée et désabusée de ma précédente soirée, j'entrais dans quelque chose qui ralluma un peu de chaleur humaine dans mon pauvre petit cœur, je n'étais pas vraiment prête à ça, heureusement que la veille cette soirée entre amis avait soufflé sur quelques braises de cet âtre à demi éteint, sinon j'aurai flanché, je crois bien.
    Au début rien n'est vraiment indiqué, il faut donc demandé autour de soit, souvent répéter notre phrase à cause du brouhaha ambiant... Nous atterrissons au premier, les mains pleines de papiers et déjà ces regards presque complices, connivence autour d'un acte teinté de générosité, sourires et douceur. Les chaises où nous sommes assises paraissent tellement dures dans cette atmosphère bienveillante.

    Nous sommes séparées, chacune écoutée par une personne différente, les questions s'enchaînent: Maladies, état de santé, sexe, de manière tellement naturelle cette femme et son visage radieux s'assuraient que tout se passerait bien, autant pour moi que pour eux, ceux d'après, ceux que je ne verrai jamais.
    Je l'attends à la sortie, on échange nos impressions, à quelques mètres deux personnes exigent que nous buvions un jus de fruit avant de descendre, notre parcours est finalement jonché de tables où s'étalent boissons sucrées et gâteaux en tout genre: Pour certains c'est un paradis pour d'autre un calvaire, moi je ne choisis pas: Je subis les deux.

    Un nouveau sas de contrôle, en tenant mon sac chargé du matériel nécessaire à la suite des opérations, je prends soudain conscience de la quantité du prélèvement et je me rappelle de ce qu'on se disait ce matin: "Et cette d'aiguille, énorme..." Ah oui. Nous devons attendre que des places se libèrent, assises dans un couloir étroit, elle stresse, moi j'ai l'impression que ma pression artérielle diminue doucement de minutes en minutes jusqu'au moment où elle ne sera plus.

    Je passe dans la salle suivante, on apercevait déjà du couloir les gens allongés, personnes ne hurlait ou ne s'évanouissaient, c'était bon signe. Un petit test pour vérifier que je ne suis pas anémiée, avec une dame fort gentille, je suis entrée dans une bulle bleue/blanche médicale avec des fées infirmières qui n'ont qu'un seul but: Que je sois détendue et supporte bien l'extraction. En moi ce ne sont plus des braises mais du petit bois qui craque fort sous des flammes naissantes.

    Une civière se libère, je m'allonge je regarde autour de moi, l'ambiance est très cool, avec des blagues d'infirmières et de la joie partout, assez pour couvrir les quelques cas trop angoissés. On s'enquière de moi, si je me sens bien pendant qu'avec des gestes précis on attrape mon bras et y passe un garrot très serré, la poche de récupération est insérée dans cette petite machine prévue pour ballottée la-dite poche qui ne restera pas vide longtemps. Habituellement je regarde quand on me plante une aiguille quelque part, parce que je suis curieuse de voir ma chair ployer sous cet objet si pointu, et parce que je veux savoir à quel moment ça va être douloureux, je n'aime pas être surprise dans ces cas là. Mais je dois bien avoué que le diamètre de l'aiguille en question était bien trop impressionnant pour moi cette fois, j'ai détourné la tête. J'ai entendu : "Attention je pique." d'aussi loin qu'en rêve et je fus brutalement réveillée par la morsure du métal contre ma peau, j'ai été surprise et j'ai détesté ça.
    Avec un intérêt non feint, j'ai tourné la tête à m'en faire un torticolis pour observer ce qui allait suivre: Voir mon sang se précipiter dans ce tuyau et colorer d'un seul coup le translucide en rouge carmin. Mon Dieu cela va si vite, peut-on recommencer ? J'aimerais le voir encore s'il vous plait.

    Les jambes surélevées je regardais de temps à autre la poche, le rouliroula et les bulles d'hémoglobine, puis j'ai laissé mon esprit divaguer. J'aurais aimé sentir le mouvement de ma vie s'écouler vers l'extérieur pour avoir peur, tellement peur que plus jamais je n'aurais envie de la laisser s'échapper, mais la sensation est beaucoup trop ténue pour un quelconque effet du genre. La vue de la fenêtre était peu attrayante, mais je me sentais tellement en sécurité dans cet espace qu'il pouvait bien pleuvoir des bombes dehors, je m'en contre-fichais. Je ne me faisais pas de soucis pour tout ce sang qui foutait le camp, je me sentais connectée à tous les autres qui saignaient autour de moi, mus par la même volonté. Je me sentais tellement bien.

    Une dizaine de minutes plus tard, calmée de tous les maux qui pouvaient sévir en moi, on m'expliqua la marche à suivre pour me relever très doucement et permettre à mon corps de comprendre que le volume sanguin en circulation avait quelque peu chuté. A la dernière pause de 2 minutes, assise jambes pendantes par dessus le lit, j'eus 3 infirmières pour me demander si je me sentais bien, je ne me suis jamais sentie aussi bien vous savez ? Non en fait j'ai juste répondu avec un grand sourire : "Ça va, ne vous inquiétez pas."

    Je la rejoins enfin dans le coin collation où on nous somme avec bienveillance de manger et boire à volonté. J'me gave de beignets et de jus d'orange, on discute. Je m'étonne de la gentillesse de tout le monde et des "Ça va?" alarmés dès que l'on regarde dans le vide plus de 10 secondes (même si c'est formidablement agréable d'être choyé comme ça), elle me répondit avec des yeux ahuris : "Mais t'as vu comme t'es pâle ?" Ah vraiment? J'ai pas de miroir sur moi là...

    J'suis repartie à pied, au bord d'une indigestion sucrée, le cœur crépitant: Des humains m'avaient fait chaud au cœur, ça faisait bien longtemps tiens, pour la peine, je reviendrais.


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  • Comme écrit je ne sais plus où, je suis étudiante et mon agenda lecture a tendance à en souffrir, de cause à effet mes publications en pâtissent aussi.
    J'aimerais donc déclarer ouverte la semaine du bourrage de crâne, où je vais joyeusement reprendre mes cours et les apprendre par cœur ahah. La semaine d'après je pourrais inaugurer la semaine vomissure intellectuelle, ou masturbation psychique pour recracher avec application les-dit cours...
    Je vois déjà des millions de lecteurs consternés se lamenter "Oh noooon", mais ne vous inquiétez pas ! J'ai un précédent blog sur le même thème, qui regorge de critiques et de textes moisis, ça me donnera l'occasion de transvaser tout ça tout en gardant le même rythme de publication, et en offrant de la lectures à mes lecteurs (oui je radote). Elle est pas belle la vie ?

    PS: Prochainement la rubrique Intimement sucré va se remplir de textes de mon cru, vous pouvez d'ores et déjà mettre les tomates à pourrir.


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