• Saigner pour son prochain - altruisme aïgu

    Elle patientait devant ce grand bâtiment vert d'eau, étrange contraste entre cette silhouette élancée toute de blanc vêtue et ce gigantesque cube couleur lagon divin. Elle m'aperçut alors que le vent faisait virevolter ma jupe en tout sens, après quelques banalités nous marchâmes avec appréhension vers la morne bâtisse adjacente.

    Encore déprimée et désabusée de ma précédente soirée, j'entrais dans quelque chose qui ralluma un peu de chaleur humaine dans mon pauvre petit cœur, je n'étais pas vraiment prête à ça, heureusement que la veille cette soirée entre amis avait soufflé sur quelques braises de cet âtre à demi éteint, sinon j'aurai flanché, je crois bien.
    Au début rien n'est vraiment indiqué, il faut donc demandé autour de soit, souvent répéter notre phrase à cause du brouhaha ambiant... Nous atterrissons au premier, les mains pleines de papiers et déjà ces regards presque complices, connivence autour d'un acte teinté de générosité, sourires et douceur. Les chaises où nous sommes assises paraissent tellement dures dans cette atmosphère bienveillante.

    Nous sommes séparées, chacune écoutée par une personne différente, les questions s'enchaînent: Maladies, état de santé, sexe, de manière tellement naturelle cette femme et son visage radieux s'assuraient que tout se passerait bien, autant pour moi que pour eux, ceux d'après, ceux que je ne verrai jamais.
    Je l'attends à la sortie, on échange nos impressions, à quelques mètres deux personnes exigent que nous buvions un jus de fruit avant de descendre, notre parcours est finalement jonché de tables où s'étalent boissons sucrées et gâteaux en tout genre: Pour certains c'est un paradis pour d'autre un calvaire, moi je ne choisis pas: Je subis les deux.

    Un nouveau sas de contrôle, en tenant mon sac chargé du matériel nécessaire à la suite des opérations, je prends soudain conscience de la quantité du prélèvement et je me rappelle de ce qu'on se disait ce matin: "Et cette d'aiguille, énorme..." Ah oui. Nous devons attendre que des places se libèrent, assises dans un couloir étroit, elle stresse, moi j'ai l'impression que ma pression artérielle diminue doucement de minutes en minutes jusqu'au moment où elle ne sera plus.

    Je passe dans la salle suivante, on apercevait déjà du couloir les gens allongés, personnes ne hurlait ou ne s'évanouissaient, c'était bon signe. Un petit test pour vérifier que je ne suis pas anémiée, avec une dame fort gentille, je suis entrée dans une bulle bleue/blanche médicale avec des fées infirmières qui n'ont qu'un seul but: Que je sois détendue et supporte bien l'extraction. En moi ce ne sont plus des braises mais du petit bois qui craque fort sous des flammes naissantes.

    Une civière se libère, je m'allonge je regarde autour de moi, l'ambiance est très cool, avec des blagues d'infirmières et de la joie partout, assez pour couvrir les quelques cas trop angoissés. On s'enquière de moi, si je me sens bien pendant qu'avec des gestes précis on attrape mon bras et y passe un garrot très serré, la poche de récupération est insérée dans cette petite machine prévue pour ballottée la-dite poche qui ne restera pas vide longtemps. Habituellement je regarde quand on me plante une aiguille quelque part, parce que je suis curieuse de voir ma chair ployer sous cet objet si pointu, et parce que je veux savoir à quel moment ça va être douloureux, je n'aime pas être surprise dans ces cas là. Mais je dois bien avoué que le diamètre de l'aiguille en question était bien trop impressionnant pour moi cette fois, j'ai détourné la tête. J'ai entendu : "Attention je pique." d'aussi loin qu'en rêve et je fus brutalement réveillée par la morsure du métal contre ma peau, j'ai été surprise et j'ai détesté ça.
    Avec un intérêt non feint, j'ai tourné la tête à m'en faire un torticolis pour observer ce qui allait suivre: Voir mon sang se précipiter dans ce tuyau et colorer d'un seul coup le translucide en rouge carmin. Mon Dieu cela va si vite, peut-on recommencer ? J'aimerais le voir encore s'il vous plait.

    Les jambes surélevées je regardais de temps à autre la poche, le rouliroula et les bulles d'hémoglobine, puis j'ai laissé mon esprit divaguer. J'aurais aimé sentir le mouvement de ma vie s'écouler vers l'extérieur pour avoir peur, tellement peur que plus jamais je n'aurais envie de la laisser s'échapper, mais la sensation est beaucoup trop ténue pour un quelconque effet du genre. La vue de la fenêtre était peu attrayante, mais je me sentais tellement en sécurité dans cet espace qu'il pouvait bien pleuvoir des bombes dehors, je m'en contre-fichais. Je ne me faisais pas de soucis pour tout ce sang qui foutait le camp, je me sentais connectée à tous les autres qui saignaient autour de moi, mus par la même volonté. Je me sentais tellement bien.

    Une dizaine de minutes plus tard, calmée de tous les maux qui pouvaient sévir en moi, on m'expliqua la marche à suivre pour me relever très doucement et permettre à mon corps de comprendre que le volume sanguin en circulation avait quelque peu chuté. A la dernière pause de 2 minutes, assise jambes pendantes par dessus le lit, j'eus 3 infirmières pour me demander si je me sentais bien, je ne me suis jamais sentie aussi bien vous savez ? Non en fait j'ai juste répondu avec un grand sourire : "Ça va, ne vous inquiétez pas."

    Je la rejoins enfin dans le coin collation où on nous somme avec bienveillance de manger et boire à volonté. J'me gave de beignets et de jus d'orange, on discute. Je m'étonne de la gentillesse de tout le monde et des "Ça va?" alarmés dès que l'on regarde dans le vide plus de 10 secondes (même si c'est formidablement agréable d'être choyé comme ça), elle me répondit avec des yeux ahuris : "Mais t'as vu comme t'es pâle ?" Ah vraiment? J'ai pas de miroir sur moi là...

    J'suis repartie à pied, au bord d'une indigestion sucrée, le cœur crépitant: Des humains m'avaient fait chaud au cœur, ça faisait bien longtemps tiens, pour la peine, je reviendrais.


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  • Commentaires

    1
    heptanes fraxion
    Jeudi 16 Juin 2011 à 12:22
    F9QMP
    c'est un charme étrange que distille ta prose...
    2
    Vendredi 17 Juin 2011 à 14:10
    G3NTL
    Oh mais je te connais, enfin toi ça ne doit rien te dire, mais je sais que fut un temps j'ai déjà arpenté ton blog. Ravie de le redécouvrir.
    3
    Dimanche 19 Juin 2011 à 08:09
    ben merde alors...
    tu passais sans rien dire...
    4
    CrystalMenthe
    Dimanche 19 Juin 2011 à 11:37
    Ouais
    J'suis timide sur les autres blogs...
    5
    heptanes fraxion
    Lundi 20 Juin 2011 à 11:31
    ZDSQO
    je serai quand même curieux d'avoir l'avis de "la librovore et de méchante critique littéraire" sur mon petit artisanat...(je prépare mes protège-tibia!)
    6
    CrystalMenthe
    Lundi 20 Juin 2011 à 22:50
    BKTFD
    Laisse moi le temps de poutrer ma semaine de partiels et je passe faire un tour ;)
    7
    Mardi 21 Juin 2011 à 07:20
    X7LKH
    oh purée !
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